Mes chers lecteurs, mes chères lectrices,

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       J'y arrive. Enfin, cet article, que je n'arrivais pas à écrire. Ce compte-rendu. Je m'y mets. J’ose le publier.  

       Mardi 31 janvier, j'ai eu mon rendez-vous à l'hôpital. Souvenez-vous, l'année dernière le médecin me promettait que je l'enlèverais en août et malheureusement ça n'a pas été le cas. Une nouvelle promesse a été faite : janvier 2017. Et que vous dire ? Il l'a tenue. Il a tenu cette promesse. J'arrête le corset, après trois ans et demi. Mais tout n'est pas aussi facile. En effet, il y a trois ans et demi, lorsque j'ai vu ce médecin pour la première fois il m'a dit que j'arrêterais mon corset au risser 5. Or, à l'heure d'aujourd'hui je ne suis qu'à un très bon 3 (risser 3 que j'ai atteint depuis un an maintenant...). Seulement, n'ayant grandi que d'un centimètre depuis un an, il juge ma croissance finie. Mais il m'a révélé quelque chose : en arrêtant le corset, ma scoliose va connaître un nouveau pic et généralement, on prend dix degrés. Dix. Je serais donc à 39, ma scoliose s'étant stabilisée à 29 degrés depuis mon rendez-vous d'août.

       Il se trouve que ma maman a peur que ma croissance ne soit pas finie (et j'ai un petit doute, je l'avoue) et même si nous avons accepté que je subirais un nouveau pic, il serait bête que ce pic soit amplifié à cause d'une croissance non terminée. C'est pour ça que nous avons trouvé un compromis : je porte mon corset tout le temps, sauf au lycée. Vous voulez savoir ce que j'en pense ? C'est dur, physiquement. Je sens que j'ai peu de forces, que mon corps puise et brûle des calories mais je tiens. Et moralement, c'est un soulagement, c'est tellement bon. Je ne suis plus constamment en train de me demander si on voit mon corset, je ne m'installe plus systématiquement dos au mur en permanence de peur que l'on remarque mon corset. Je n'ai plus peur de me lever lorsque je n'ai pas de veste. Ça change. Tellement. Quand je vois les autres, je me sens comme eux, pareille, semblable.

       Vous le savez, j'ai eu énormément de mal à accepter le fait de devoir continuer de porter mon corset au lycée. Et puis, ces six derniers mois ont été une grosse prise de conscience pour moi. Physiquement, j'ai eu du mal à me regarder dans une glace parce que je vois mes hanches décalées, bizarres, anormales. Et puis, ce mois de janvier, j'ai eu un électrochoc. Moi qui ait toujours rechigné à faire de la kiné, j'essaye d'en faire désormais plusieurs fois par semaine. Et surtout, j'ai enfin accepté. J'ai enfin accepté d'avoir une scoliose et c'est revigorant. Attention, j'accepte mais je ne comprends pas. Avoir une scoliose m'a beaucoup changée : j'ai décidé de croire qu'il n'y avait pas de hasard. C'est arrivé pour une raison. Mais accepter ne veut pas dire comprendre. J'accepte mais je ne comprends pas que ce soit arrivé sur moi car je n'en connais pas l'origine. Il y a pour moi, une part du destin et une part scientifique. Je pense ne jamais connaître cette raison du destin mais la raison scientifique, cette logique, ce qui ne va pas dans mon corps, sachez que je désire plus tout que le découvrir. Ce mot « idiopathique » - dont on ne connaît pas l'origine, la cause - je le hais. Je le déteste. Je lis des dizaines d'études sur l'origine de la scoliose et j'espère qu'un jour, une sera totalement vérifiée et je sais qu'à ce moment-là je serais complètement en paix.

      Accepter d'être malade ce n'est pas facile. Je suis malade. Je sais qu'il y a des cas bien pires, mais il y a des personnes qui n'ont rien. On me dit souvent « Mais tu imagines si tu étais à l'hôpital, si tu avais un cancer ? » Non je n'imagine pas. Comme je ne supporte pas qu'on me dise qu'on me comprenne alors qu'on n’a pas de scoliose, pas de corset. Je ne supporte pas qu'on me dise que ce n'est pas bien grave, que « c'est pour plus tard ». Non. C'est pour toute la vie. Cette scoliose je l'ai depuis mes onze ans et je l'aurais pour toujours. Mon corps sera là pour me le rappeler tous les jours. Et peut-être, que si j'ai un jour des enfants, peut-être que je leur transmettrai cette chose horrible. Et là, j’aurais le droit de dire « Je te comprends ». Parce que je saurais réellement ce que ça fait et je ne prononcerai pas des paroles en l’air.  Je peux vous paraître dure mais aujourd’hui, c’est mon état d’esprit.

       Je considère que mon traitement est fini même si je continue de porter mon corset. Le médecin l'a dit, donc je m'en réfère à lui. Cette partie de ma vie se termine, s'achève. Mais il y a autre chose qui se termine. Ça. Cet article. Ce blog. Je l'ai écrit, enfin. J'ai décidé, au cours du mois de janvier d'arrêter mon blog. Pourquoi ? Peut-être qu’inconsciemment je savais que ce blog s'achèverait lorsque le médecin me dira que j'ai gagné, que c'est fini. Je n'ai plus cette envie qui m'habitait ou alors plus ce besoin. Je crois juste que c'est le bon moment. Je crois que ce blog a été mon échappatoire pendant trois années et demie de ma vie mais qu'il doit s'arrêter en même temps que la raison pour laquelle il a commencé. Ma scoliose. Ça ne me rend même pas triste parce que je suis si reconnaissante. Si reconnaissante pour chaque rencontre. J'ai rencontré des amis ici. Dans ce vaste univers. Et je sais, j'ai la certitude que je rencontrerais certaines personnes pour de vrai et surtout que ce sont des personnes qui ne me quitteront pas. Je ne continue plus ce blog mais cela ne veut pas dire que je quitte la blogosphère. Je serai toujours là à commenter les articles qui me plaisent, je serais toujours là à discuter avec les personnes qui me sont chères mais je ne serais plus ici. Je sens au plus profond de moi que ça doit se finir, que j’agis comme je le dois.  

       Ce blog est une des plus belles choses qui me soient arrivées dans la vie. Je le sais et je ne cesserai de le répéter. Mais toute bonne chose a une fin. Merci à chacun d'entre vous. Vous m'avez apporté bien plus que vous ne pouvez l'imaginer et je ne pourrais jamais assez vous remercier. J'espère de tout cœur qu'on se recroisera, vous et moi,

 vic (1)